Lettre d'un poilu à sa femme

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Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Etat-Major le Mer 22 Mar - 16:20

Partagé par le Lieutenant Riviére :

Verdun,

Le 18 mars 1916,

Ma chérie,

Je t'écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S'il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m'a coûté mon pied gauche et ma blessure s'est infectée. Les médecins disent qu'il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j'ai été blessé.
Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d'attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n'étions plus que quinze mille environ. C'est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m'arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu'un jour plus tard, dans une tente d'infirmerie. Plus tard, j'appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l'assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain.
Dans ta dernière lettre, tu m'as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d'il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte à ce qu'il n'aille jamais dans l'armée pour qu'il ne meure pas bêtement comme moi.
Je t'aime, j'espère qu'on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m'as fait passer, je t'aimerai toujours.

Adieu

Soldat Charles Guinant
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Hommage au Soldat Hugon Léon mort pour la France le 22 septembre 1914 a l'age de 30 ans.

Message par Etat-Major le Mer 22 Mar - 16:26

Partagé par le Sergent Renard

Hommage au Soldat Hugon Léon mort pour la France le 22 septembre 1914 a l'age de 30 ans.


le 18 septembre 1914,
pendant la bataille de la Marne.


           Chère Sylvanie,

Je ne peux pas m’empêcher de te dire que je suis dans une très mauvaise position, je souffre le martyr, j’avais bien raison de te dire avant de partir qu’il valait mieux être mort que d’être blessé, au moins blessé comme moi.

Toute la jambe est pleine d’éclats d’obus et l’os est fracturé. Tous les jours quand on me panse, je suis martyr, lorsque avec des pinces, il m’enlève des morceaux d’os ou des morceaux de fer.

Bon Dieu, que je souffre ! Après que c’est fini, on me donne bien un peu de malaga, mais j’aimerais mieux ne pas en boire.

Je ne sais pas quand est-ce qu’on me fera l’opération.

Il me tarde bien  de quitter et qu’on en finisse d’un côté ou de l’autre.

En plus de ça, je suis malade ; hier, je me suis purgé, ça n’a rien fait,il a fallu qu’on me donne un lavement. On doit m’en donner un autre ce soir, je ne sais pas si on l’oubliera pas, peut-être ça me fera du bien.

Enfin, je suis bien mal à mon aise, pas pouvoir se bouger, j’ai de la peine à prendre le bouillon sur ma table de nuit. Je t’assure que c’est triste dans ma chambre, nous sommes vingt neuf, personne ne peut se bouger, des jambes cassées et des bras ou de fortes blessures et presque tous des réservistes comme moi.

Je te dirai que je passe des mauvaises nuits, si l’on m’avait évacuer jusqu’à Agen, tu serais bien venue me soigner et je serais été content d’être auprès de toi. Et toi aussi, ma chère Sylvanie, de me voir, ça serait été triste et une joie, pas comme si je n’avais pas été blessé ; mais que faire, c’est ma déstinée. Maintenant, je suis dans le pétrin et pour s’en sortir,  je ne sais pas trop comment ça finira.

Enfin, ma chère Sylvanie, je te dis tout maintenant, j’ai pas voulu te le dire à la première pour ne pas te vexer, mais je vois que je suis obligée de t’aviser de ma situation.

Je ne te fais pas de mauvais sang, je m’en fais pas parce que je suis pas seul, vis en espoir et si jamais je reviens, je verrai mon fils grandir, que je le dresserai pour travailler le bien de Vinsot et moi on me fera bien une pension.

Je crois que je la gagne, quand bien même que je ne pourrais pas trop travailler, ça nous aiderait pour vivre.

On ne serait pas encore trop malheureux et Gaston commencerait de travailler. Il y en a bien qui n’ont qu’une jambe et qui travaillent.

Il faut espérer que tout ce que je dis là arrive. Prie Dieu pour moi,qu’il me délivre de la souffrance. Je t’embrasse bien fort sur chaque joue avec Gaston le petit chéri.


Ton bien aimé HUGON Léon

Soldat de la 18e compagnie du 209e régiment d'infanterie il a été blessé le 9 septembre 1914 par un éclat d’obus pendant la première bataille de la Marne. Il fût envoyé à l’hôpital de Tulle où il mourut du tétanos le 22 septembre 1914 a l'age de 30 ans.
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video d'un poilu

Message par Huleux le Ven 24 Mar - 22:51


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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Renard le Lun 25 Sep - 17:45

Chère mère,

Le poilu reçoit de la viande avariée, et dans la majorité des cas il faut la jeter. Que de dépenses bêtes ! Avec cela il crève de faim, car les légumes sont peu nombreux. Aussi les plaintes sont vives en ce moment. Des voitures frigo devraient arriver jusqu’à nos cuisines, mais cela ne se passe pas ainsi ; il y a deux ou trois manipulations au milieu de la poussière, des mouches et du soleil. Aussi, le résultat ne se fait pas attendre. Dire que l’on atteint un résultat pareil après deux ans de guerre, c’est un comble. Il n’y a rien à dire. Quant à la fin de la guerre, habituons-nous à l’idée qu’elle doit durer encore un an, c’est ma conviction profonde et intime, je ne te l’ai pas caché du reste à ma dernière permission. À moins d’événements imprévus, il faut ce délai pour réduire l’Allemagne, et la mettre à merci. Ils sont encore bien forts et quelques mois ne peuvent suffire, du moins c’est mon avis.

Je souhaite bien vivement qu’il en soit autrement, mais je ne l’espère guère. C’est triste, car l’intellectuel s’enlise, il sent qu’il perd sa culture, les gens médiocres qui nous entourent, leur raisonnements médiocres, leurs idées médiocres, tout est bien fait pour vous faire perdre l’idéal et la culture donnés par 15 ou 20 ans d’efforts. Et c’est l’impression de tous les intellectuels que je connais. Il faudra après cette guerre une grande énergie pour se débarrasser de toute cette crasse qui vous oppresse le cerveau.


Lucien

Lucien Durosoir est violoniste et compositeur de réputation internationale et ami de Maurice Maréchal, c'est a à peine 38 ans lorsqu’il écrit cette lettre à sa mère.
Dès l’âge de vingt ans, dans les itinérances d’une carrière de soliste international. La mobilisation d’août 1914 va l'interrompre et les quatre années de guerre vont mettre un terme à tous ses espoirs de la reprendre (il avait 41 ans lors de sa démobilisation, en février 1919). C’est alors qu’il partit à la recherche d’un ermitage, un endroit où il pourrait se recréer après la débâcle morale causée par la guerre. Il s’installa dans sa demeure des Landes en 1926 et c’est là qu’il mourut, le 5 décembre 1955.
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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Valentin le Mer 27 Sep - 18:53

la crasse qui oppresse les cerveaux, malgré nos efforts elle est toujours présente au sommet de certain États, ces cerveaux populistes nous préparent la troisième (Der des Der). Question
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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Renard le Mer 1 Nov - 23:16

Lettre d’Henri Floch fusillé pour l’exemple à Vingré. Le caporal Henri Floch était greffier de la justice de paix à Breteuil.

Ma bien chère Lucie, Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.

Voici pourquoi : Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands. J’ai suivi mes camarades, et ensuite, j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu’il y a dedans.

Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l’âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l’embarras dans lequel je vais te mettre…

Ma petite Lucie, encore une fois, pardon.

Je vais me confesser à l’instant, et j’espère te revoir dans un monde meilleur. Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité

Ma dernière pensée, à toi, jusqu’au bout. Henri Floch

Le 30 mai 1917

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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Riviére le Jeu 2 Nov - 9:30

L'injustice est la pire torture des braves...

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"Le Pantalon rouge" Nos fusillés

Message par Riviére le Lun 13 Nov - 12:35

Lettre d’Henri Floch fusillé pour l’exemple à Vingré. Le caporal Henri Floch était greffier de la justice de paix à Breteuil.
Suite... (Le film)





Excellent film sur ces cas de Poilus fusillés pendant la Grande guerre :

https://www.youtube.com/watch?v=qm-QvLUTIpg

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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Renard le Lun 13 Nov - 12:40

Quel gâchis ces exemples ! Crying or Very sad

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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

Message par Renard le Dim 19 Nov - 10:36

CHARLES GUINANT, LE 18 OCTOBRE 1916, VERDUN

Ma très chère Louise,

J’ai quitté les tranchées hier au soir vers 23h, maintenant je suis au chaud et au sec à l’hôpital, j’ai à peu près ce qu’il faut pour manger.
Hier, vers 19h, on a reçu l’ordre de lancer une offensive sur la tranchée ennemie à un peu plus d’un kilomètre. Pour arriver là-bas, c’est le parcours du combattant, il faut éviter les obus, les balles allemandes et les barbelés. Lorsqu’on avance, il n’y a plus de peur, plus d’amour, plus de sens, plus rien. On doit courir, tirer et avancer. Les cadavres tombent, criant de douleur. C’est tellement difficile de penser à tout, que l’on peut laisser passer quelque chose, c’est ce qui m’est arrivé. A cent mètres environ de la tranchée Boche, un obus éclata à une dizaine de mètres de moi et un éclat vint s’ancrer dans ma cuisse gauche, je poussai un grand cri de douleur et tombai sur le sol. Plus tard, les médecins et infirmiers vinrent me chercher pour m’emmener à l’hôpital, aménagé dans une ancienne église bombardée. L’hôpital est surchargé, il y a vingt blessés pour un médecin. On m’a allongé sur un lit, et depuis j’attends les soins.
Embrasse tendrement les gosses et je t’embrasse.


Soldat Charles Guinant, brigadier, 58e régiment.

P.S. : J’ai reçu ton colis ce matin, cela m’a fait plaisir, surtout le pâté et la viande. Si tu peux m’en refaire, j’y goûterai avec plaisir. »

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Re: Lettre d'un poilu à sa femme

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