Bataille de Nivelle (Chemin des dames)

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Bataille de Nivelle (Chemin des dames)

Message par Lucien le Mar 6 Fév - 8:29

la Map "nuit de nivelle" nous rappelle cette offensive française dans la Marne en Avril 1917 sous les ordres du général Nivelle qui se solda par un fiasco et le début de mutinerie dans les rangs Français. Je vais donc vous raconter cette bataille tombée dans l'oubli ...



CONTEXTE
" France, Printemps 1917, Nous avons résisté à Verdun face à l'offensive chleu, à notre tour de percer le front !"
La grande offensive allemande qui devait percer le front et saigner l’armée française à blanc a échoué. Le général Pétain est désormais considéré comme un héros national par toutes les couches de l’opinion publique. Il a réussi à redresser la situation catastrophique des premiers jours et à contenir les armées du Kaiser : « Ils ne sont pas passés ! ».

c’est également le moment où le général Nivelle remplace Joffre à la tête de l’armée française. Il reprend à son compte un projet resté dans les cartons de son prédécesseur qui prévoyait une offensive franco-anglaise de très grande ampleur entre Soissons et Reims. Comme pour les Allemands à Verdun, comme pour les Anglais dans la Somme, le but est toujours le même : percer le front ennemi après une violente préparation d’artillerie et exploiter la brèche pour provoquer une rupture et la désorganisation totale de l’adversaire.

Nivelle prend lui-même la direction des opérations. Il fait rassembler la Ve armée du général Micheler, la VIe armée de Mangin.  Ces deux armées formeront son groupe de combat principal. En réserve, il dispose des neuf divisions d’infanterie de la Xe armée du général Duchêne, de la IVe armée du général Anthoine avec 5 divisions d’infanterie, ainsi que que du 2e corps d’armée colonial du général Blondlat. ll y a là une force colossale de près d’un million d’hommes, dont environ 850 000 combattants, des chars et plus de 5 000 pièces d’artillerie (canons de 75, près de 800 pièces d’artillerie lourde modernes et des mortiers lourds). Le tout est regroupé dans un espace de moins de 40km de large.

Le plan de Nivelle est d’enfoncer les premières lignes allemandes avant de lancer très rapidement des troupes de réserves, cavalerie en tête, dans la brèche ainsi obtenue. Une tactique qui lui a réussi à l’automne 1916 pendant la bataille de Verdun et qui lui a permis de reconquérir tout le terrain perdu au début de la bataille. Nivelle est donc confiant. Selon lui, la percée doit être facilement réalisée en 24 ou 48h avant l’effondrement allemand.

L’offensive doit finalement avoir lieu au mois d’avril et l’effort principal français doit se situer en Soissons et Reims, sur un plateau qui sépare les vallées de l’Ailette et de l’Aisne. Sa ligne de crête est suivie par une route autrefois empruntée par les filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire, pour rendre visite à leur amie la duchesse de Narbonne-Lara. Ces deux « Dames de France » ont laissé à cette route le nom désuet de « Chemin des Dames ». La bataille du Chemin des  Dames est censée être décisive. Ce sera l’ultime offensive, celle qui « anéantira les boches », »la der des der »…

Mais cette position surélevée est occupée par les allemands depuis 1914. Ils ont eu tout le loisir de la transformer en une véritable forteresse faite de plusieurs lignes de défense reliées par des souterrains, truffés d’abris bétonnés, de barbelés et de nids de mitrailleuses camouflés.

En fait, le plan de Nivelle pour la bataille du Chemin des Dames comporte deux faiblesses majeures. La première, c’est qu’il ne tient absolument pas compte de la géographie des lieux, bien différente que lors de ses succès à Verdun. Le plateau du Chemin des Dames est situé en hauteur et l’avantage des défenseurs est considérable par rapport aux attaquants. Ils devront fournir un effort surhumain pour grimper des pentes difficiles sous le feu des mitrailleuses et de l’artillerie ennemies. La deuxième, c’est qu’il reproduit à l’identique toutes les erreurs commises par les Anglais pendant la bataille de la Somme en se basant exactement sur la même stratégie d’attaque : préparation d’artillerie puis avance des troupes derrière un barrage d’artillerie roulant. Une méthode qui a prouvé son inefficacité.

L'OFFENSIVE

Du 12 au 15 avril 1917, les français entament un bombardement soutenu. Mais le temps est très mauvais et empêche les artilleurs d’ajuster correctement leurs tirs. De plus, la zone de bombardement est large d’une trentaine de kilomètres. Trop étendue pour une concentration optimale des tirs d’artillerie.

Le 16 avril 1917, le froid glace les os. La neige se met à tomber.  A 6h du matin, les sifflets des officiers sonnent dans les tranchées françaises. L’assaut est lancé. Les soldats, transis de froid et de fatigue, grimpent lourdement les échelles et s’élancent vers les lignes allemandes. La bataille du Chemin des Dames est engagée.

Les fantassins sont tenus d’attaquer en « tenue d’assaut », soit  : couverture roulée dans la toile de tente, en sautoir en travers du torse ; un « outil individuel » (généralement une pelle, qui sera d’ailleurs plus souvent utilisée dans les corps à corps que pour creuser), la musette de vivres (avec de la nourriture pour… 6 jours !), la musette à grenades (les hommes en seront surchargés, jusqu’à une vingtaine de grenades par soldats), des bidons d’eau (3 litres en tout), un masque à gaz (plus un de remplacement si possible), des sacs à terre (pour établir des protections dans les positions conquises), des « outils de signalisation » (panneaux ou feux de bengale pour marquer des positions), un paquet de pansements, des munitions (au moins 120 cartouches de fusil)… Au moins 20 kilos de matériel en grande partie totalement inutile. Les sacs contenant toutes les affaires personnelles doivent normalement être laissés dans les tranchées de départ, mais certains officiers, persuadés que leur avance sera trop rapide pour que « l’arrière suive » obligeront leurs hommes à l’emporter avec eux…

En quelques minutes, le massacre commence. Bien retranchés dans des positions très peu entamées par les bombardements, les allemands ouvrent un feu terrible sur les assaillants. Les français sont fauchés par un déluge de feu et d’acier qui les prend en enfilade sans leur laisser aucune chance. Ils peinent à progresser sur les pentes boueuses. Elles sont rendues complètement instables et trop accidentées par leurs propres obus. De plus, elles sont totalement à découvert. Les premières vagues d’assaut sont littéralement mises en charpie en moins d’une heure par les mitrailleuses allemandes bien protégées dans des abris bétonnés. Même les 130 chars d’assaut engagés sont quasiment tous détruits, en panne ou embourbés.

Mais les ordres sont les ordres. Même devant l’ampleur de la tragédie, aucun officier n’ose s’y opposer. L’une après l’autre, les vagues françaises sont jetées dans la fournaise toute la matinée. De fait, déjà à 7h du matin, il apparaît sans aucun doute possible que l’offensive est ratée. Le simple bon sens commanderait de cesser immédiatement ces attaques suicidaires.

Pourtant le massacre dure encore 4 jours. Le 20 avril, l’énormité des pertes force l’état-major français a suspendre provisoirement l’offensive. Mais Nivelle, malgré l’évidence qui lui saute aux yeux avec des rapports de pertes considérables et toujours plus pessimistes, s’entête.  Ce n’est que le  22 avril qu’il ordonne finalement de cesser l’offensive massive pour privilégier des attaques plus réduites. Pure folie. Sur le plateau du Chemin des Dames, entre Cerny-en-Laonnois et Craonne, les gains de terrains sont quasi nuls. Les hommes savent maintenant qu’ils se sacrifient pour satisfaire l’égo démesuré d’un général en chef totalement aveuglé et dépassé par l’ampleur de son échec. La colère commence à gronder dans les régiments.

MUTINERIE
Il faut attendre le 15 mai pour que Nivelle soit enfin remplacé par Pétain. Déjà, les premiers cas de désobéissances sont rapportés. Fin mai, Pétain fait face à une véritable mutinerie. 150 régiments refusent de remonter en ligne soient 40000 hommes. Les soldats, qui ont jusque là enduré tant de sacrifices, sont à bout. Ils se révoltent devant l’incurie de leurs chefs. Pour les mutins, le village de Craonne, devant lequel de très nombreux soldats sont tombés, devient le symbole du sacrifice inutile. Sur un air très populaire de l’époque, « La Chanson de Craonne » devient l’hymne clandestin de la mutinerie que les soldats fredonnent entre eux, loin des oreilles de leurs officiers.



Ainsi, entre mai et juin 1917, le général Pétain doit faire face aux mutineries de colère et de désespoir de nombreux poilus. Il sait qu’il doit circonscrire rapidement ces actes de désobéissance. Ils menacent dangereusement toute la cohésion de l’armée française. Les mutineries font réellement peser sur la suite de la guerre la terrible épée de Damoclès de la défaite. Pétain se penche sur les conditions de vie des soldats. Il améliore les cantonnements, la nourriture et les délais de permissions. Dans le même temps, il exige que les meneurs les plus virulents soient sévèrement punis (il refusera de donner suite à 7 recours en grâce). Environ 3 500 soldats sont condamnés aux travaux forcés ou à des peines de prison lourdes.

Sur son intervention directe auprès du président Poincarré, seules 43 condamnations à mort sur 554 sont exécutées. Ces « fusillés pour l’exemple » de 1917 ont marqué plus profondément et plus durablement la mémoire collective française. Toutefois, il faut noter qu’ils ont été quatre fois moins nombreux que ceux de 1914 ou 1915, preuve de « l’indulgence » relative de l’état-Major français pour ces mutins. Peut-être en regard, non avoué, de l’incompétence sanglante de Nivelle. Les chiffres restent toutefois encore aujourd’hui sujets à caution. L’accès aux archives militaires de cette sombre période devrait être autorisé courant 2017.

Il faudra attendre le 24 octobre 1917 pour que la bataille du Chemin des Dames se termine. Elle s’achèvera après une nouvelle offensive, cette fois soigneusement coordonnée entre artillerie et infanterie par Pétain. Elle portera sur le fort de la Malmaison – verrou de l’accès au plateau. Les allemands, finalement contraints d’évacuer le plateau… le reprendront en mai 1918.

BILAN
La bataille du Chemin des Dames est l’échec le plus effroyable de l’armée française durant la Première Guerre Mondiale. Aucune percée décisive, aucune avancée significative. Rien qu’une monstrueuse boucherie inutile. Au final, seules quelques positions stratégiques allemandes ont été enlevées, mais sans aucun avantage stratégique réel.

A l’époque, les autorités françaises refusent de donner un décompte précis des pertes. Aujourd’hui, des historiens avancent des chiffres assez concordants qui font état de plus de 200 000 morts et peut-être deux fois plus de blessés en seulement quelques semaines de combats. Du côté allemand, aucune estimation disponible, sinon le chiffre de 300 000 morts avancés par l’état-major français mais jamais confirmé et un écrit laconique du général Luddendorf : « Notre consommation en troupes et en munitions avait été ici aussi extraordinairement élevée. »

Après l’offensive du Chemin des Dames, une commission militaire d’enquête est formée, avec à sa tête le général Brugère. Elle absout Nivelle, même si dans ses conclusions, Brugère écrit :

   « Pour la préparation comme pour l’exécution de cette offensive, le général Nivelle n’a pas été à la hauteur de la tâche écrasante qu’il avait assumé. »

L’ex-généralissime, que les soldats appelleront « Le Boucher », est gentiment mis à l’écart et envoyé en Afrique du Nord,  à Alger. Après la guerre, il est élevé Grand’Croix de la Légion d’Honneur et finit ses jours tranquillement dans son lit en 1924 avant d’être inhumé aux Invalides.
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Lucien
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